Lundi 8 mars 2010 à 14:09

http://medieval-time.cowblog.fr/images/medieval.jpg

Quelques pages choisies des livres d'Heures des XIVe et XVe siècles


Les Heures sont un office divin, qui avec la messe, organise la prière quotidienne des religieux -moines, ordres mendiants, chanoines réguliers - et qui dès le VIIIe siècle se compose de sept heures canoniales. Les matines (ou vigiles) chantées dans la nuit sont l'office le plus important où, outre les psaumes et les hymnes, sont effectués des lectures de la Bible, des Pères et de vies de saints, scandées par des versets alternés (répons). Les laudes à l'aurore et les vêpres le soir, se constituent de psaumes, d'hymnes et de courtes lectures appelés capitules. La prime, la tierce, la sexte et la none réparties au long de la journée et les complies récitées après vêpres sont plus brèves. Ainsi, différents livres liturgiques sont utilisés pour ces célébrations : psautier, collectaires, antiphonaire, lectionnaire etc. Durant le XIe siècle, les prières, chants et lectures nécessaires à l'office sont réunis en un seul recueil abrégé, le bréviaire.
C'est ainsi que, pour la dévotion particulière des laics comme des religieux sont crées les Livres d'Heures, promis à un grand succès à la fin du Moyen Age, souvent richement enluminés et de toutes dimensions.

C'est à travers ce paysage culturel que je vais vous faire voyager, au fil d'images d'une grande richesse tirées de divers Livres d'Heures.




Partie I. Le calendrier des riches Heures du duc de Berry


Ce livre d'Heures est sans doute l'un des plus célèbres conservé jusqu'ici. Commandé par le duc Jean Ier duc de Berry (en Bourgogne) aux frères Limbourg, cet ouvrage d'une préciosité étonnante de part l'utilisation de couleurs très vives et d'un souci du détail remarquable, est composé en outre de 206 feuillets avec notamment tout un cycle consacré aux douze mois de l'année. On peut dès maintenant noté la présence des signes du zodiaques (sur ce premier feuillet le capricorne et le verseau) et la présence récurrente au centre du demi cercle du char du soleil couronnant la miniature, qui permet sans doute de rappeler que le cycle des saisons s'entretient par le cycle de la course du soleil.
http://medieval-time.cowblog.fr/images/richesheures1.jpg

JANVIER
Le duc de Berry à sa table

Ce premier feuillet du calendrier, est une représentation du mois de janvier, qui est le mois des cadeaux et des étrennes. Le duc d'Aumale décrit en ces termes la miniature : "Le duc de Berry est assis, suivant la tradition le dos au feu et le ventre à table; il est coiffé d'un bonnet de fourrure, sa robe est longue et bleue, fourrée et brodée d'or,le dais qui abrite sa tête est d'étoffe rouge, chargé d'écussons semés de France.à la bordure engrelée de gueules et parsemé d'ours et de cygnes blessés (souvenir d'une dame, dit-on Ursine). Armes et emblèmes sont répétés dans la bordures des tapisseries qui décorent la salle et qui présentent, elles-mêmes, des tableaux complets, sujets de guerre traités avec le plus grand soin, château-fort, rencontres d'hommes d'armes à cheval ou à pied, boucliers et bannières armoriés, etc... Au premier plan, écuyers tranchants, valets du gobelet, lévriers. Tous les costumes sont pittoresques et l'harmonie des couleurs charmante. Au bout de l'estrade où siège le Duc, un personnage qu'à son manteau rouge et son costume ecclésiastique on prendrait pour un cardinal, s'assoit humblement et semble remercier le prince de l'honneur qui lui est fait. Cette figure très étudiée et pleine d'expression, est certainement un portrait qui fait pendant à celui du Duc. Est-ce à ce prêtre, pèlerin ou cardinal, que s'adresse le chambellan qui, se promenant avec sa chaîne et son bâton d'office, jette ces mots écrits : « Approche, approche » ? Encore une figure qui peut bien être peinte d'après nature. Au second plan, des seigneurs ou écuyers se chauffent au feu qui pétille dans une cheminée de pierre et se protègent contre son ardeur en tournant la tête et en étendant les bras. Un écran circulaire en jonc abrite le dos du duc ».
En effet, cette scène ci n'est autre qu'une représentation d'une célébration de fête, ici pense-t-on de Noël. Au sommet de la composition est notable -comme il a été dit plus haut-  la présence du capricorne et du verseau, signes du zodiaque de cette époque de l'année.

__________________________________________________________________________________________________________

http://medieval-time.cowblog.fr/images/richesheures2.jpg

FEVRIER
L'hiver dans un village paysan


Nous retrouvons ici une scène quotidienne de vie paysanne dans les rudes moments de l'hiver. Nous apercevons au premier plan une famille, avec une femme et deux jeunes personnes qui s'abritent dans leur maisonnée entourée par des enclos, destinés à protégé leur bergerie des animaux sauvages. On peut également noté dans cette petite ferme la présence à l'arrière de la bergerie de quatre ruches, mais aussi d'un pigeonnier. A l'arrière plan, se détache deux personnages, l'un coupant du bois et l'autre amenant son âne vers le village, dont le clocher de l'église est visible.
Les signes du zodiaque ici présent sont le verseau toujours à gauche, et le poisson à droite.

________________________________________________________________________________________________

http://medieval-time.cowblog.fr/images/richesheures3.jpg
MARS
Le château de Lusignan - La taille et le labour


Ce feuillet ci, représente les travaux agricoles réalisés en ce mois de l'année: on y voit les paysans au premier plan labourant les champs et tailler la vigne, tandis que l'un d'eux vanne le blé ou les graines. Plus à l'arrière il est possible de distinguer un autre personnage, que l'on peut identifié comme étant un berger accompagné de son chien, il garde le troupeau. 

http://medieval-time.cowblog.fr/images/marslu.jpg
On peut aisément reconnaitre à l'arrière plan, le château de Lusignan dans le Poitou, dont les frères Limbourg on repris l'exact silhouette. Si vous observez bien la tour tout à droite, vous pouvez aisément apercevoir un dragon : il s'agit de la fée Mélusine qui "vient à travers les airs retrouver son mari Raymondin". Là fut le berceau des Plantagenet et de La Rochefoucauld. Le duc de Berry en fut une de ses résidences favorites. C'est le château typique des seigneurs de l'époque, à la fois lieu fortifié et lieu de résidence.
Les signes du zodiaque qui couronne la composition sont le poisson et le bélier...dans l'ordre des choses!



_______________________________________________________________________________________________________________

http://medieval-time.cowblog.fr/images/richesheures4.jpgAVRIL
Le château de Dourdan - Le printemps - Les fiançailles
 

Le joli temps de Pâques;
A la fraiche verdure,
Nous offre feuille et fleur
De diverses couleurs,
Aussi tous amoureux
Sont-ils gais et chanteurs

Bernard de Ventadour

Pour ce mois d'Avril, la scène fondamentale est celle des fiançailles qui se déroule au premier plan, avec le jeune couple entouré par deux témoins, un personnage que l'on peut décrire comme le fou (représenté plus petit), et deux jeunes suivantes qui cueillent des fleurs. On remarque le soin apporté à l'expression des deux futurs époux, comme par exemple le regard amoureux du fiancé et l'attitude pudique de sa bien aimée. A droite de la scène on peut noter la présence d'un verger fermé par un mur à créneaux, tandis qu'à l'arrière plan se détache le château de Dourdan, une autre des forteresses de Jean de Berry. Il se plaisait donc énormément à ce que les enlumineurs représentent ces demeures.
Les signes zodiacales de ce feuillets sont le bélier et le taureau.

________________________________________________________________________________________________

http://medieval-time.cowblog.fr/images/richesheures5.jpgMAI
La cavalcade de Mai

On y voit représenté le 1er mai, jour de grande fête à la cour de France, car il s'agit de la fête de l'amour: la tradition voulait alors que les princes et seigneurs se rende dans une forêt voisine pour y couper des rameaux pour ensuite décorer les maisons et les rues.On remarque les seigneurs sont couronnés de feuilles et que trois des jeunes femmes à cheval portent la "livrée de May", le drap vert dont Charles VI aimait gratifier ses familiers  à l'occasion du renouveau. Le personnage en tête de ce cortège est peut être un prince de sang, car il porte les couleurs du roi de France: à cette époque une partie rouge et une partie blanche et noire. 
Le lieu de ce cortège est peut être la ville de Riom, ou bien le Palais de la cité à Paris: les avis sont partagés.
Les signes du zodiaque de ce feuillet sont le taureau et les gémeaux.

_________________________________________________________________________________________________

http://medieval-time.cowblog.fr/images/richesheures6.jpg
JUIN
Le palais et la sainte Chapelle - La fenaison

Le palais et la sainte Chapelle sont représentés ici tels que le duc de Berry les apercevait des fenêtres de son hôtel de Nesles, situé sur la rive gauche de la Seine. On reconnait les tours de la conciergerie, la tour de l'Horloge , et les deux pignons de la grande salle du palais. Au premier plan est représenté une scène tout à fait quotidienne à nouveau, de vie paysanne. Il s'agit là de la fenaison, le fauchage du foin. On aperçoit deux paysannes au premier plan qui ratellent le foin qui vient d'être fauché. 
Les signes du zodiaques sont les gémeaux et le cancer.


*

La suite de l'article viendra très vite, je vous remercie de votre patience car il s'agit d'un travail relativement long et minutieux.




Melwine



Publié par medieval-time

Vendredi 4 septembre 2009 à 14:40

http://medieval-time.cowblog.fr/images/14751500StGatienpremierevequedeToursMisselalusagedelacathedraledeTours.jpg* Cet article vient compléter et clore les deux précédents articles sur la féodalité *

 
L'Eglise et le monde féodal (Xe-XIe siècle)



Solidement tenue en main par Charlemagne, l'Eglise retrouve son indépendance avec ses successeurs. Toutefois avec l'effondrement de l'autorité publique et l'insécurité générale, la tendance est à la recherche de puissants protecteurs. L'Eglise n'est pas épargnée et tombe sous la coupe des laïcs. Elle traverse aussi à cette époque une crise morale sans précédent. Néanmoins, cela ne l'empêche pas de développer son influence dans un monde désormais féodal.


I. L'église aux mains des laics

http://medieval-time.cowblog.fr/images/moines-copie-1.jpg• Dès sa fondation, le Saint Empire impose son autorité à la papauté. En 962, Otton Ier contrôle la désignation du pape et exige de lui un serment de fidélité. Ses successeurs reprennent cette politique et Otton III place sur le trône de saint Pierre son ancien précepteur Sylvestre II. Les choix impériaux ne sont pas forcément mauvais, mais ils soumettent la papauté à l'Empire (césaropapisme, souvenez vous). L'empereur Henri III, surnommé le "faiseur de papes" est ainsi amené à déposer trois papes rivaux avant de désigner Léon IX en 1048.

• La situation des évêques et des abbés n'est guère plus florissante. Dans l'Empire, les évêques excercent aussi des fonctions comtales, ce sont des comtes-évêques. Les souverains les nomment et les investissent par la crosse et l'anneau, symbole de leur dignité. L'investiture laïque est aussi une pratique courante en Angleterre. Avec la conquête normande, le roi réserve les collations de bénéfices majeurs, nommant essentiellement des prélats normands et soumettant l'Eglise à la couronne. En France, les premiers Capétiens vendent les sièges épiscopaux et abbatiaux à leurs fidèles pour asseoir leur influence et accroitre leurs revenus.

• A échelon inférieur, l'essor de la féodalité se fait aux dépens du clergé. Les seigneurs désignent les curés des églises dont ils sont patrons, leur imposent un serment de fidélité et récupèrent une partie des revenus de la paroisse. Les desservants sont plus recrutés pour leur soumission au seigneur que pour leur vertu religieuse.


II. Une crise morale


• L'intégration des religieux dans la société féodale et l'attribution aux évêques de fonctions politiques, judiciaires, voire militaires, dénaturent le caractère religieux des dignités ecclésiastiques. Le contrôle de l'Eglise par les laïcs et la confusion entre les fonctions spirituelles et temporelles sont à l'origine d'une crise morale du clergé tout entier.

• La plupart des charges ecclésiastiques sont vendues par les souverains ou les seigneurs. Leurs titulaires, qui ont payé pour accéder à leur fonction, doivent récupérer leur argent en vendant les ordres et les sacrements dépendant d'eux. Cette pratique, appelée simonie, se généralise dans l'Occident chrétien. Elle est pourtant dénoncée plusieurs fois par les papes, évêques et conciles (Mayence en 888, Pavie en 9997, Poitiers en 1000, Bourges en 1031...). La réitération des condamnations montre que celles-ci étaient sans grand effet.

http://medieval-time.cowblog.fr/images/sacrestlouis-copie-1.jpg

• L'Eglise connait un autre problème fondamental: le nicolaïsme. En effet, en Allemagne, en Italie et en France principalement, les prêtres vivent couramment avec une épouse ou une concubine, en dépit de l'interdiction du mariage et de l'obligation de continence imposées aux clercs ayant reçu les ordres majeurs. En conséquence, certains charges ecclésiastiques se transmettent parfois de père en fils, des évêques désignant leur fils comme successeur à leur mort. Toutes les sanctions, amendes et dépositions restent vaines. L'Eglise atteint un niveau d'abaissement général sans précédent.


III. L'influence de l'Eglise sur la société féodale


http://medieval-time.cowblog.fr/images/CharlemagneetlepapeAdrienIer.jpg• Malgré sa soumission aux laïcs, l'Eglise maintient tant bien que mal son idéal. Elle l'adapte à une société féodale qu'elle parvient alors à influencer. En punissant les parjures, l'Eglise s'impose comme garante des serments dans un monde fondé sur la foi jurée. Elle renforce le prestige des souverains par le sacre et leur fait promettre de défendre la justice, la paix et les plus faibles. Elle donne enfin un idéal religieux à la chevalerie.

• Face aux violences féodales (homicides, vengeances, pillages, guerres privées) l'Eglise lance les mouvements de paix. La paix de Dieu nait à la fin du Xe siècle (concile de Charroux près de Poitiers en 989) et se développe durant le siècle suivant. Elle engage les chevaliers et les seigneurs à respecter les religieux et les églises, les pauvres, les pèlerins, les marchands et les veuves. Les contrevenants sont excommuniés. L'Eglise pallie ainsi l'effondrement des pouvoirs royaux.

• La trêve de Dieu, initiée par la réforme clunisienne, exige l'arrêt des hostilités pendant les temps liturgiques les plus importants (Avent, Carême, fêtes religieuses). Né dans le sud de la France (concile d'Arles en 1041) le mouvement s'étend à l'Occident tout entier à partir de la fin du XIe siècle. La violence féodale est alors détournée par une Eglise reformée vers la croisade, puis limitée par la paix du roi, dont le pouvoir se réveille. (voir articles précédents pour plus de détails).




Melwine


Publié par medieval-time

Vendredi 4 septembre 2009 à 13:34

*MOYEN AGE*


En ce moment le n°72 sur le Tournoi
Kerak : château des croisades
Marle
&
Recettes de cuisine

http://medieval-time.cowblog.fr/images/M1527-copie-1.jpg
*



Publié par medieval-time

Jeudi 27 août 2009 à 22:41

Découvrez le magazine bimestriel
*MOYEN AGE*


En ce moment le n°71 sur Charles V et son tombeau
Les métiers au Moyen Age
Les costumes
&
La cuisine

http://medieval-time.cowblog.fr/images/M1527.jpg
*




Publié par medieval-time

Mercredi 26 août 2009 à 19:32

http://medieval-time.cowblog.fr/images/707pxwappenrc3b6mkaisergl4.jpg 
 
La naissance du Saint Empire


A la mort de Charles III le Gros en 888, la couronne impériale quitte la famille carolingienne et n'est plus transmise qu'à des princes secondaires. En 924, il n'y a plus d'empereur en Occident. L'idéal impérial n'est pas mort, mais aucun souverain n'a les moyens d'en relever la couronne. L'ascension de la dynastie saxonne en Germanie permet une nouvelle "restauratio imperii" et donne naissance au Saint Empire. Pâle copie de son modèle carolingien en apparence (je précise bien), il en reprend tout de même le programme.


I. Vers un nouvel empire

• Dans les royaumes issus de la décomposition de l'Empire, on revient à l'élection des souverains par les grands, qui n'hésitent pas à désigner d'autres princes que les Carolingiens: l'usurpateur Boson en Provence, le bâtard Arnulf en Germanie, le Robertien Eudes en Francie Occidentale. Aucun de ces rois ne s'impose véritablement et durablement face aux grands. A la tête de principautés territoriales, comtes et ducs exercent à leur profit les pouvoirs régaliens et accélèrent le morcellement politique de l'Occident.

• En 918 le duc de Saxe Henri l'Oiseleur est élu roi de Germanie et consolide son trône en battant les envahisseurs slaves et hongrois. Son fils, Otton Ier, lui succède en 936. Il restaure l'autorité royale en écrasant les révoltes des grands et par la mise en place de membres de sa famille à la tête des duchés. Il s'appuie essentiellement sur les évêques, a qui il délègue son autorité et qu'il investit. Poursuivant l'oeuvre de Charlemagne, il défait, lui aussi les Slaves et les Hongrois dans la bataille du Lechfeld en 955.

• Otton "le Grand" s'impose aux rois de Bourgogne et de Bohème, et s'empare du royaume d'Italie, dont il épouse la reine. En 961, le pape Jean XII l'appelle pour mater les seigneurs romains révoltés contre lui. Le 2 février, Otton est couronné empereur à Rome: l'Empire est restauré en Occident.


http://medieval-time.cowblog.fr/images/T073079A.jpgHenri Ier L'Oiseleur


http://medieval-time.cowblog.fr/images/466pxOttoIbegegnetPapstJohannesXII.jpg
Otton Ier et le pape Jean XII



II. L'échec de la monarchie universelle

• Après avoir été couronné, notre cher Otton Ier entend bien imposer son autorité à la papauté et renoue avec césaropapisme (prétention des empereurs à étendre leur autorité temporelle au domaine spirituel, donc au pape) de Charlemagne. En 962 il soumet l'élection pontificale au contrôle impérial et exige du pape un serment de fidélité. Il étend son influence jusqu'à l'Italie du Sud et obtient même la consécration de l'Empire Byzantin: en 972, son fils se marie avec la princesse porphyrogénète (épithète attribués aux enfants d'un empereur byzantin  nés durant son règne dans la Porphyra : chambre décorée de marbre rouge où les impératrices accouchaient) Théophano. A sa mort en 973, l'empereur Otton Ier est le plus puissant souverain d'Occident.

• Ses successeurs ont du mal à maintenir son oeuvre: le règne de son fils Otton II (973-983) est plutôt terne. Après la longue régence de Théophano, Otton III (996-1002) entreprend de constituer un empire universel, fédération des royaumes sous son autorité. Il installe sa capitale à Rome, s'appuyant sur Gerbert d'Aurillac, qui devient pape en 999 sous le nom de Sylvestre II. La référence à Sylvestre Ier, pape sous Constantin premier empereur romain chrétien, est claire. Mais cependant le rêve ne dure pas, les troubles reprennent à Rome, l'empereur meurt à 22 ans en 1002, et Sylvestre II un an plus tard.

• Malgré cet échec, l'édifice ottonien n'est pas mort. Bien que plus tardive, l'appellation de Saint Empire romain (Sacrum Imperium Romanum) résume l'ambition des souverains. L'Empire romain reste le modèle de construction étatique à caractère universel. Hériter de Constantin et de Charlemagne, l'empereur est au dessus des simples rois. Saint ou plutôt sacré, l'Empire doit protéger la Chrétienté avec laquelle il aspire à se confondre. Dans cette perspective, le pape est relégué à un rôle spirituel par l'empereur.

http://medieval-time.cowblog.fr/images/Otton2-copie-1.jpgOtton II
Nous pouvons constater que la représentation de l'empereur est typique des représentations byzantines (donc influence tant culturelle qu'artistique)


http://medieval-time.cowblog.fr/images/OttonIIIEvangile-copie-1.jpgOtton III


III Forces et faiblesses du Saint Empire


• Le titre impérial est le plus prestigieux et n'est porté par aucun autre monarque en Europe. Aux X et XIe siècles, il confère une primauté à celui qui ceint la couronne impériale, la seule qui soit alors fermée, signe de pouvoir absolu. L'Eglise germanique est son principal soutien. A la tête de principautés bénéficiant de droits d'immunités, les évêques sont nommés et révoqués par l'empereur, et disposent de pouvoirs comtaux.

• Se voulant souverain universel, l'empereur n'a pourtant que peu d'autorité hors de l'Empire, à l'exception de la Francie Occidentale au Xe siècle. La succession difficile d'Otton III et l'évènement de la dynastie des Saliens de Franconie en 1024 recentrent le coeur de l'Empire dans les terres germaniques. En fait, l'autorité impériale s'étend essentiellement sur les royaumes de Germanie et d'Italie. Si le Salien Conrad II y ajoute le royaume de Bourgogne (ou Arles) en 1032, l'ensemble est loin d'égaler l'Empire de Charlemagne.

• Dans l'Empire même, l'empereur n'a que des moyens d'action limités. La faible durée des dynasties ne permet pas d'imposer le principe héréditaire. Les futurs souverains sont élus rois des Romains par un collège de princes, avant d'être sacrés empereurs par le pape à Rome. Afin d'obtenir l'appui de la haute noblesse, ils lui concèdent des droits régaliens. Ainsi, les princes d'Empire (Fürsten) contribuent à l'affaissement de l'autorité impériale. Enfin, le prestigieux sacre de Rome peut soumettre la couronne impériale à une papauté émancipée de la tutelle impériale.



http://medieval-time.cowblog.fr/images/3cartesHofamterspiel.jpg



Melwine



Publié par medieval-time

<< Page précédente | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | Page suivante >>

Créer un podcast